Le monde du hockey dort vraiment en ce moment, alors en attendant les plus grosses nouvelles (les signatures de Souray ou de Shanahan, par exemple), petit article relatant ce que je pense un de ce qu'aura l'air la nouvelle LNH avec les effets du plafond et de la nouvelle convention collective... (La photo n'a aucun rapport, mais je n'avais pas pu mettre de photo de Garth depuis un bout :P)
Établissons d'abord quelques faits.
- Le plafond salarial N'AVAIT PAS POUR OBJECTIF DE RÉDUIRE LES SALAIRES. Il avait pour objectif, combiné avec le partage des revenus, d'établir une limite relativement juste aux dépenses de toutes les équipes, et ainsi permettre à toutes les équipes d'avoir leur chance, même celles qui disposent de moindres revenus. La seule clause de la convention collective qui limite les salaires est celle établissant que le salaire maximum d'un joueur est égal à 20% de la masse salariale de l'équipe. À la limite, on peut aussi parler de celle sur le salaire d'entrée... Mais, dans les deux cas, cela n'a pas de réelle influence.
- Autre clause importante, même, majeure: celle qui établie l'âge auquel un joueur peut accéder à l'autonomie complète. Cette année, il fallait 29 ans ou 8 saisons professionnelles, l'an prochain, 28 ans et 7 saisons, et en 08-09, 27 ans et 7 saisons. Encore une fois, l'objectif de cette clause veut donner la chance à toutes les équipes d'acquérir de nouveaux joueurs: et à tous les joueurs de choisir leur équipe...
Pour avoir la convention au complet (format .pdf), voir le site de la NHLPA. Voir ici pour une version en ligne.
Donc... Le fait que les joueurs deviennent autonomes sans restriction plus tôt implique deux choses: d'abord... qu'ils seront autonomes sans restrictions plus tôt... facile... et aussi qu'ils seront en général individuellement mieux payés que s'ils étaient RFA grâce à la surenchère. C'est sûr que les joueurs plus obscurs ne profitent pas de cela, mais les vedettes, oui. Et ce sont plus les Daniel Brière et les Scott Gomez qui comptent sur la masse salariale que les Tom Kostopoulos ou les Jiri Novotny. Mais j'en parlerai plus tard. Donc, ils sont autonomes plus tôt, et, par conséquent, coûtent plus cher plus tôt.
Cependant, parallèlement, les équipes en général ont moins d'argent à dépenser à cause des limitations du plafond. Il est vrai que certaines équipes, qui ne pourraient pas vraiment dépenser 50M$ en salaires, profitent du partage des revenus et peuvent ainsi avoir plus d'argent à dépenser: mais la tendance générale fait que les équipes ont moins d'argent pour payer les joueurs.
On assiste donc à plusieurs phénomènes:
- Des joueurs qui auraient été RFA sont maintenant UFA, ce qui leur permet d'augmenter leur salaire puisqu'ils profiteront de la surenchère.
- Les UFA sont plus nombreux sur le marché, donc leur valeur diminue car l'offre augmente.
- Comme le salaire des UFA est moins élevé, celui des RFA décroît aussi: d'abord celui des joueurs qui vont en arbitrage, car leur salaire est basé sur celui des UFA, mais celui des autres aussi.
- Les équipes ont moins d'argent à donner aux joueurs autonomes car elles sont limitées par le plafond.
- Les équipes sont plus nombreuses sur le marché, car toutes les équipes ont une capacité semblable de dépenser.
- Les équipes utilisent plus le marché des UFA, d'abord parce qu'il y a plus de joueurs, puis parce que plus d'équipes peuvent l'utiliser.
Conclusion:
1- Le salaire des joueurs sur le marché des joueurs autonomes diminue.
2- Le salaire moyen de la ligue diminue.
3- L'instabilité des équipes augmente.
Aucun problème avec les 2 premiers points. Seulement, le 3e, c'est différent...
Les organisations veulent, fondamentallement, faire des profits, et le plus possible. Dans certains marchés, c'est facile. À Montréal, le centre Bell est toujours plein, par exemple, les seuls changements possibles pour faire plus d'argent viennent des prix des billets et des ventes de concessions. Le succès ne permet donc pas de vendre plus de siège, mais de les vendre plus cher, et de vendre plus de chandails et autres accessoires de l'équipe en même temps. Dans d'autres cas, avoir du succès, au moins un petit peu, est le seul moyen d'attirer des fans: ils faut de bonnes performances pour des équipes comme Chicago si elles veulent faire des profits. Dans d'autres cas, il faut un méga coup de publicité pour qu'on se souvienne que l'équipe existe (comme une Coupe Stanley, par exemple...). C'est le cas d'équipes comme Anaheim ou Tampa Bay, qui ont besoin d'être au sommet de la ligue pour devenir visible, et donc attirer les amateurs. Donc, il faut des résultats sur la glace pour en avoir dans le compte de banque du proprio. Logique. De préférence, des résultats constants...
Et c'est là que tout ça entre en ligne de jeu! Comme plus de joueurs sont autonomes, les équipes perdent de la stabilité, et donc de la constance sur plusieurs années. Une équipe au sommet peu chuter très bas l'année suivante (voir la Caroline), et l'inverse est possible aussi. Cependant, elles recherchent une stabilité qui n'est plus protégée par le statut d'agent libre avec restriction. La réponse: les longs contrats aux joueurs clefs.
On parle ici autant des longs contrats donnés aux joueurs autonomes sans restrictions que ceux donnés aux joueurs autonomes avec restrictions. Pour s'assurer de conserver un élément clef de son organisation qui deviendrait UFA sous peu, on le signe pour 6 ans (comme dans le cas de Datsyuk). On fait de même avec les RFA, qui deviendront un jour des UFA (comme dans le cas de Vanek, même si c'est altéré par l'offre des Oilers: seulement, la durée du contrat aurait été semblable...). C'est également similaire sur le marché en tant que tel: le joueur clef qu'on va chercher, on veut le garder longtemps. Seulement, ces contrats sont très lourds...
Après quelques temps, beaucoup d'équipes auront acquis sur le marché des UFA des joueurs avec de longs contrats associés à de gigantesques montants. Ces joueurs devaient devenir le coeur de l'équipe. Des fois, cette décision aura bien fonctionné, d'autres fois, moins bien... Seulement, le joueur est encore bloqué là pour 6 ans! Que faire? Il n'y a pas 36 solutions:
- L'échanger. Mais qui veut d'un joueur sous-performant à 7M$ par année pour encore 6 ans? C'est simple: une autre équipe qui a un problème semblable. De chaque côté, on prend le pari qu'un changement d'air fera du bien. Ou alors, comme dans le cas de Samsonov avec le CH, on va chercher des pourritures un peu moins avancées. Finalement, on peut aussi échanger un joueur sous performant contre des choix conditionnels ou des fameuses "considérations futures"...
- Racheter le contrat. C'est coûteux et ç'a des conséquences à long terme. Peu souhaitable. Mais parfois nécessaire. C'est pourquoi beaucoup de contrats seront construits de sorte à faire passer la majorité du contrat sur les premières années, ce qui réduit le coût du rachat sur la masse salariale.
Il est donc très probable qu'on voit une intensification des échanges de la sorte. Peut-être que, dans 2 ans, Brière sera échangé aux Rangers contre Scott Gomez ou que Jason Blake sera échangé aux Stars contre leur 7e choix.
Seulement, avec les longs contrats accordés à tout le monde, UFA ou RFA, on finira par manquer de joueurs autonomes sans restrictions. Cela fera nécessairement monter le prix de chacun, et surtout, empêchera complètement certaines équipes d'obtenir des nouveaux joueurs d'impact, par manque de joueur d'impact autonomes. Solutions: prendre de l'avance. On parle soit d'une toute petite avance, comme aller chercher les droits sur le joueur visé avant le début de la période des agents libres pour lui faire un pont d'or avant les autres, ou alors d'une plus grande avance, comme aller chercher des joueurs autonomes avec restriction, moyennant un salaire extravagant et les compensations en choix au repêchage. Ne soyez pas surpris de voir plusieurs équipes faire des offres de contrat de plusieurs années avec un salaire frôlant le maximum à Crosby à la fin de son contrat (avant de se voir toutes égalées par les Penguins, évidemment). Le marché des RFA sera beaucoup plus intéressant à l'avenir.
Mais là, nous n'avons touché que les joueurs d'impact. Les Crosby, les Brière, les Jagr et les autres. Cependant, ce ne sont qu'une minorité des joueurs sur le marché. Qu'en est-il des autres?
Sur le marché des joueurs autonomes, les joueurs de soutien écoperont. Les équipes metteront beaucoup d'argent et d'années sur les contrats des joueurs d'impact pour s'assurer de leurs joueurs clefs. Seulement, les millions qui vont à Gomez ne peuvent pas aller à un autre. Alors, les joueurs moins importants se verront offrir de plus courts contrats, pour moins d'argent qu'avant. S'ils ne sont pas contents et veulent plus, à vrai dire, le marché des joueurs autonomes, qui accueillera plus de joueurs, fera que si un joueur de soutien ne veut pas rejoindre une équipe à un salaire donné, beaucoup plus d'autres qu'auparavant voudront. Plus de joueurs devront rejoindre une équipe pour jouer dans les mineures car ils demandaient trop au départ, ce qui leur a fait rater des dicussions au départ, et plus devront aussi regarder de l'autre côté de l'océan pour trouver une équipe...
Donc, ce que nous verrons dans les prochaines années de la convention collective:
- Contrats à long terme aux joueurs clefs
- Échanges de gros noms/contrats plus fréquents
- Marché des RFA actif
- Joueurs de soutien moins payés
Êtes-vous d'accord?
Comment voyez-vous vraiment la nouvelle LNH?




